Ancienne cité de Philadelphie

Nécropole isaurienne rupestre du Taurus

Planifier un itinéraire vers Ancienne cité de Philadelphie

Philadelphie (l'actuelle Gokceseki) est une cité isaurienne antique située dans les hauts plateaux escarpés du district d'Ermenek, province de Karaman, dans le centre-sud de la Turquie. Connue pour ses spectaculaires tombes rupestres, ses sarcophages en marbre d'époque romaine et ses bustes-portraits impériaux, le site offre une rare fenêtre sur la culture funéraire et la richesse matérielle d'un établissement isaurien isolé qui prospéra de la période hellénistique jusqu'à l'Antiquité tardive. Les fouilles systématiques menées depuis 2015 ont transformé Philadelphie, ruine obscure, en l'une des découvertes archéologiques les plus prometteuses des montagnes du Taurus. Les études récentes sur les objets en verre à figures mythologiques ont en outre démontré la surprenante sophistication culturelle de la cité et ses connexions commerciales.

Table des matières

  1. Pourquoi Philadelphie compte
  2. Géographie et contexte
  3. Chronologie historique
  4. Monuments majeurs
  5. Culture matérielle et connexions commerciales
  6. Travaux archéologiques
  7. Informations pratiques pour le visiteur
  8. Foire aux questions
  9. Sources et lectures complémentaires

Pourquoi Philadelphie compte

Philadelphie est significative pour plusieurs raisons convaincantes qui dépassent largement sa localisation montagneuse isolée :

  1. Rare témoignage urbain isaurien. La plupart des cités isauriennes restent non fouillées. Philadelphie fournit l'un des rares exemples étudiés de manière systématique de la vie urbaine et funéraire dans cette région montagneuse réputée pour son indépendance, offrant des données qui comblent une lacune majeure dans l'archéologie de l'Anatolie romaine. Les Isauriens étaient renommés dans les sources antiques pour leur farouche indépendance et leur résistance à l'autorité centrale, ce qui rend tout témoignage systématique de leur vie urbaine inestimable.

  2. Ensemble nécropolitain exceptionnel. Le site préserve des dizaines de tombes rupestres à chambres pourvues de banquettes sculptées, de couvercles de sarcophages en forme de lion, de plafonds en berceau et de chambres funéraires à toit plat. Cette variété de types de tombes au sein d'une même nécropole est inhabituelle dans l'Anatolie intérieure et indique une élite locale prospère qui adopta et adapta les conventions funéraires romaines.

  3. Bustes-portraits impériaux. Neuf bustes-portraits en calcaire représentant des empereurs et sénateurs romains ont été retrouvés dans un dépotoir céramique. Ces bustes suggèrent que Philadelphie entretenait des liens culturels et politiques directs avec Rome, malgré son isolement géographique dans le Taurus. La présence de tels portraits dans une cité isaurienne isolée remet en question les hypothèses sur la portée limitée du symbolisme politique romain.

  4. Céramiques Sigillée Orientale A. La découverte de céramiques Sigillée Orientale A (ESA) datant de la fin du IIe siècle av. J.-C. au milieu du Ier siècle apr. J.-C. démontre que Philadelphie était intégrée aux réseaux commerciaux méditerranéens à longue distance bien plus tôt qu'on ne le supposait auparavant pour les établissements isauriens. Ces fines vaisselles de table étaient produites dans la région d'Antioche et leur présence ici prouve des liens commerciaux s'étendant sur des centaines de kilomètres.

  5. Objets en verre à figures mythologiques. Une étude de 2024 publiée dans TUBA-AR a documenté un gobelet en verre à figures mythologiques provenant de Philadelphie, démontrant l'accès à des biens de luxe et à des traditions artistiques associées aux grands centres urbains de l'Empire romain.

  6. Laboratoire vivant de l'urbanisme de montagne. Le site éclaire la manière dont les communautés adaptèrent les modèles urbains romains à un terrain rocheux et escarpé dans une région montagneuse que les Romains eux-mêmes décrivaient comme difficile à gouverner. L'architecture, les pratiques funéraires et la culture matérielle révèlent une société à la fois romanisée et distinctement locale.

Géographie et contexte

Philadelphie occupe une position spectaculaire dans le terrain montagneux au nord des villages de Gokceseki et Camlica, à la périphérie de la ville d'Ermenek dans la province de Karaman. Le site se trouve dans la région antique de Cétis, qui faisait partie de la zone plus large connue sous le nom d'Isaurie ou Cilicie Trachée (Cilicie Rugueuse).

Paysage et topographie

La cité antique s'étend sur des coteaux calcaires escarpés à une altitude d'environ 1 200 à 1 400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le terrain est caractéristique des monts Taurus occidentaux : des vallées profondément creusées, des parois rocheuses exposées idéales pour le creusement de tombes, et des cours d'eau saisonniers qui fournissaient l'eau à l'établissement antique. Des forêts denses de pins et de cèdres entourent le site, créant un contraste saisissant entre les ruines calcaires grises et la végétation verte des montagnes.

La géologie calcaire fut essentielle au caractère de la cité. La roche relativement tendre pouvait être taillée avec des outils en fer, permettant la création de tombes rupestres élaborées. Une fois exposé à l'air, le calcaire durcissait, assurant la longévité des chambres taillées. Ce même avantage géologique qui attira les communautés phrygiennes vers les vallées de tuf de l'Anatolie centrale opérait ici dans le calcaire du Taurus.

Position stratégique

L'emplacement de Philadelphie contrôlait l'une des routes intérieures reliant la côte méditerranéenne au plateau anatolien. La vallée d'Ermenek servait de corridor naturel entre les cités côtières de la Cilicie Trachée (Séleucie du Calycadnos, Anémurion, Kélenderis) et les établissements de haute altitude de l'Isaurie proprement dite. Cette position stratégique aide à expliquer la prospérité de la cité et son accès à des biens importés tels que la céramique fine, le verre et le marbre.

La cité était positionnée à l'intersection des routes montagneuses nord-sud qui permettaient la communication entre la plaine de Konya et la Méditerranée. Marchands, unités militaires et fonctionnaires administratifs y passaient régulièrement, assurant la connexion de Philadelphie au monde romain plus large malgré son cadre montagneux.

Climat

Le site connaît un climat de transition méditerranéen-continental. Les étés sont chauds et secs (températures diurnes atteignant 30-35 °C), tandis que les hivers apportent d'importantes chutes de neige à cette altitude, bloquant parfois les routes de montagne pendant des jours. Le printemps (avril à juin) et le début de l'automne (septembre à octobre) offrent les conditions les plus confortables pour la visite, avec des fleurs sauvages s'épanouissant sur les coteaux au printemps.

Chronologie historique

Période préhellénistique (avant le IIIe siècle av. J.-C.)

La région d'Ermenek présente des traces d'occupation remontant aux périodes préhistoriques. La zone faisait partie de la zone culturelle isaurienne plus large, dont les habitants étaient connus des sources hittites comme des peuples montagnards qui résistaient au contrôle centralisé. Avant la période hellénistique, le site servait probablement de petit village d'altitude ou d'établissement saisonnier. Les Isauriens conservèrent leur particularité culturelle tout au long de l'Antiquité, parlant leur propre langue jusqu'à l'époque romaine et pratiquant le pastoralisme de montagne aux côtés de l'agriculture.

Période hellénistique (IIIe-Ier siècle av. J.-C.)

Philadelphie semble avoir été formellement établie pendant l'ère hellénistique, recevant peut-être son nom (« Cité de l'amour fraternel ») d'un fondateur séleucide ou dynastique local. Le nom de Philadelphie était populaire dans le monde hellénistique -- d'autres cités portant ce nom incluent la célèbre Philadelphie de Lydie (l'actuelle Alasehir) et Philadelphie de la Décapole (l'actuelle Amman, en Jordanie).

La découverte de céramiques Sigillée Orientale A des types Hayes Formes 22 et 3-4 ou 28-30 date la première habitation significative de la fin du IIe siècle av. J.-C. à la première moitié du Ier siècle apr. J.-C. Ce témoignage céramique indique que Philadelphie était déjà connectée aux réseaux commerciaux de la Méditerranée orientale durant la fin de la période hellénistique, vraisemblablement par les ports côtiers de la Cilicie Trachée.

Période romaine (Ier siècle av. J.-C. -- IVe siècle apr. J.-C.)

La conquête romaine de l'Isaurie, commençant par les campagnes de Publius Servilius Vatia Isauricus en 78-74 av. J.-C., plaça progressivement la région sous contrôle administratif romain. Servilius gagna son cognomen honorifique « Isauricus » pour ses campagnes contre les pirates et brigands isauriens des montagnes. Malgré son incorporation nominale dans le système provincial romain, les Isauriens conservèrent une autonomie locale considérable.

Philadelphie connut sa plus grande prospérité durant la période impériale romaine (Ier-IIIe siècles apr. J.-C.), comme en témoignent :

  • Des sarcophages en marbre élaborés sur des plateformes en pierre surélevées, démontrant l'accès au marbre importé
  • Des bustes-portraits impériaux liant symboliquement la cité à Rome
  • Des céramiques à glaçure plombifère caractéristiques du début de la période impériale
  • Des récipients en verre incluant des gobelets à figures mythologiques, indiquant des connexions commerciales de luxe
  • Des vestiges architecturaux substantiels comprenant des fondations de bâtiments étalées sur le coteau
  • Des complexes de tombes rupestres avec des détails architecturaux empruntés à la tradition funéraire romaine

La cité ne frappa aucune monnaie connue, ce qui suggère qu'elle resta administrativement dépendante d'un centre plus important, possiblement Séleucie du Calycadnos (l'actuelle Silifke) sur la côte ou Claudiopolis (l'actuelle Mut) dans l'intérieur voisin.

Période antique tardive et byzantine (IVe-VIIe siècle apr. J.-C.)

Les fondations de bâtiments de la période byzantine indiquent une habitation continue jusqu'à l'Antiquité tardive. La région isaurienne connut un bouleversement politique important au Ve siècle, lorsque des généraux isauriens accédèrent à un pouvoir sans précédent à Constantinople. L'empereur Zénon (r. 474-491) était d'origine isaurienne, tout comme son lieutenant Illous, qui mena une révolte en 484 apr. J.-C. La période de prééminence isaurienne dans la politique impériale apporta vraisemblablement des ressources et une attention accrues à la région, et Philadelphie a peut-être bénéficié de ces développements.

Après la mort de Zénon, l'empereur Anastase Ier (r. 491-518) mena une suppression systématique du pouvoir isaurien, y compris une importante campagne militaire contre les bastions isauriens. Cette « guerre isaurienne » (492-498) a peut-être contribué au déclin de Philadelphie.

La cité déclina progressivement à mesure que les schémas commerciaux changeaient et que le paysage militaire et politique de la région évoluait. Au début de la période médiévale, le site semble avoir été abandonné.

Du Moyen Âge à l'époque moderne

Le site fut finalement abandonné et les ruines devinrent partie intégrante du paysage autour du village de Gokceseki. La conscience locale des ruines persista par la tradition orale, mais l'attention archéologique systématique n'arriva qu'au XXIe siècle. Les villageois utilisaient le terme « eski sehir » (vieille ville) pour désigner les ruines, indiquant une connaissance locale ancienne des origines antiques du site.

Monuments majeurs

La nécropole

La nécropole est la caractéristique survivante la plus impressionnante de Philadelphie. Située sur les pentes des coteaux entourant l'établissement, elle contient des dizaines de structures funéraires couvrant plusieurs siècles.

Tombes rupestres à chambres : Taillées directement dans les falaises calcaires, ces tombes présentent des banquettes intérieures (klinai) pour exposer le défunt, des niches pour les offrandes funéraires et des entrées soigneusement travaillées. Certaines tombes ont des toits plats tandis que d'autres affichent des plafonds en berceau, indiquant différentes phases de construction ou distinctions sociales parmi les propriétaires des tombes. Les tombes à voûte en berceau sont particulièrement remarquables, car cette forme de plafond est relativement inhabituelle dans l'architecture rupestre isaurienne et peut refléter une influence des traditions ciliciennes côtières ou de la Méditerranée orientale.

Sarcophages en marbre sur plateformes : Huit sarcophages en marbre d'époque romaine ont été découverts disposés sur une plateforme en pierre à trois degrés. Cet arrangement monumental et soigné est rare dans l'Anatolie intérieure et suggère un complexe funéraire familial ou d'un groupe d'élite d'un prestige considérable. Certains sarcophages présentent des couvercles en forme de lion, un motif associé à la protection et au pouvoir dans l'art funéraire romain d'Anatolie. L'utilisation de marbre importé plutôt que de calcaire local souligne la richesse des familles d'élite de Philadelphie et leur désir d'afficher leurs affiliations culturelles romaines.

L'arrangement de la plateforme à trois degrés crée un monument funéraire visuellement imposant qui aurait été visible de loin, projetant le statut social des familles inhumées.

Fondations de bâtiments

Dispersées dans la zone de l'établissement se trouvent les fondations en pierre de structures des périodes romaine et byzantine. Bien que la fouille à grande échelle des secteurs résidentiels et publics ne soit pas encore achevée, la prospection de surface a identifié les contours de plusieurs bâtiments substantiels, incluant probablement :

  • Des structures administratives (possiblement une basilique ou un bouleutérion)
  • Une petite église de l'ère byzantine
  • Des ensembles résidentiels construits dans les terrasses du coteau
  • Des citernes pour le stockage de l'eau, essentielles dans cet environnement montagneux

Le dépotoir céramique

L'une des zones les plus productives archéologiquement du site est un grand dépôt de rebuts contenant des céramiques brisées, des fragments de verre et les neuf bustes-portraits en calcaire. Ce dépotoir a fourni le témoignage chronologique le plus détaillé pour l'occupation de la cité, avec des types de poteries couvrant les périodes hellénistique à byzantine. La concentration de matériel divers dans un seul dépôt suggère un nettoyage organisé d'un espace public à un moment de l'histoire de la cité. Le dépotoir céramique est le contexte archéologique qui a livré le plus d'informations sur le mode de vie de Philadelphie et ses connexions commerciales, ce qui en fait la zone fouillée la plus importante pour comprendre la chronologie et les affiliations culturelles du site.

Bustes-portraits impériaux

Neuf bustes en calcaire représentant des empereurs et sénateurs romains ont été trouvés dans le dépotoir céramique. Ils sont significatifs parce qu'ils suggèrent que les espaces publics de Philadelphie comprenaient une galerie de portraits impériaux, une pratique courante dans les cités romaines mais rarement documentée dans des lieux aussi isolés. Les bustes démontrent la portée du symbolisme politique romain jusque dans les bastions montagneux de l'Isaurie, et soulèvent des questions sur la nature de la relation de Philadelphie avec l'administration provinciale romaine.

Objets en verre

Un gobelet en verre à figures mythologiques, publié en 2024 dans la revue TUBA-AR, est parmi les découvertes individuelles les plus notables du site. Ce récipient de luxe démontre que l'élite de Philadelphie avait accès à du verre romain de haute qualité provenant des grands centres de production. Des études supplémentaires ont documenté des coupes et gobelets en verre côtelé provenant du site, publiées dans la revue Cedrus.

La nécropole en détail : typologie des tombes et pratique funéraire

La nécropole de Philadelphie préserve une gamme de types de tombes qui éclairent l'évolution de la pratique funéraire dans une communauté isaurienne sur plusieurs siècles :

Type 1 : Chambres rupestres simples (hellénistique-début romain)

  • Chambres rectangulaires uniques creusées dans les parois verticales des falaises
  • Dimensions typiquement de 2,5 x 3,0 mètres au plan, 1,8-2,0 mètres en hauteur
  • Plafonds plats sans ornementation architecturale
  • Banquettes intérieures (klinai) creusées le long de deux ou trois murs pour exposer le défunt
  • Petites niches (environ 30 x 30 cm) creusées dans les murs pour des lampes ou de petites offrandes funéraires
  • Embrasures rectangulaires simples, certaines avec des rainures pour des dalles de fermeture en pierre coulissantes

Type 2 : Chambres à voûte en berceau (période impériale romaine)

  • Chambres plus élaborées avec des plafonds voûtés semi-circulaires imitant les intérieurs architecturaux
  • Souvent plus grandes que le Type 1, avec des dimensions atteignant 3,0 x 4,0 mètres
  • La forme de voûte en berceau reproduit l'architecture romaine bâtie sous forme rupestre, suggérant une exposition aux modèles architecturaux romains de la côte
  • Certaines chambres voûtées possèdent des niches d'arcosolium sculptées (renfoncements arqués) dans les murs pour des inhumations individuelles, une forme courante dans l'architecture des catacombes romaines
  • La transition des chambres à toit plat aux chambres voûtées reflète l'influence croissante de Rome sur les élites locales durant la période impériale

Type 3 : Tombes familiales multi-chambres (impérial romain-antiquité tardive)

  • Arrangements complexes de chambres interconnectées accessibles par une entrée unique
  • Certains complexes contiennent 3 à 5 pièces séparées, suggérant un usage familial étendu sur plusieurs générations
  • Des corridors centraux ou vestibules permettent l'accès aux chambres funéraires flanquantes
  • Les exemples les plus élaborés présentent des cadres de porte sculptés avec des moulures imitant la construction en bois

Type 4 : Sarcophages en marbre autonomes sur plateforme (impérial romain)

  • Les huit sarcophages sur la plateforme à trois degrés représentent le type d'inhumation au statut le plus élevé
  • Les sarcophages mesurent environ 2,10 mètres de long, 0,80 mètre de large et 0,90 mètre de haut (dimensions extérieures)
  • Les couvercles en forme de lion présentent des lions couchés stylisés avec des crinières rendues en boucles géométriques, une interprétation provinciale des traditions sculpturales romaines métropolitaines
  • La plateforme elle-même est construite en grands blocs de calcaire taillés, chaque degré mesurant environ 0,35 mètre de hauteur
  • Cet emplacement surélevé et visible (par contraste avec les tombes rupestres cachées) suggère que le groupe de sarcophages était destiné à l'exposition publique et à la vénération

Offrandes funéraires (découvertes documentées) :

  • Unguentaria céramiques (récipients à parfum/huile) placés près du défunt
  • Clous en fer provenant de cercueils en bois placés à l'intérieur de certaines chambres rupestres
  • Monnaies en bronze placées dans ou près de la bouche (obole de Charon -- paiement pour le nocher des morts)
  • Récipients en verre (certains fragmentaires) indiquant l'offrande de liquides ou de parfums
  • Fibules en fer (broches/agrafes) utilisées pour fixer les vêtements funéraires

Culture matérielle et connexions commerciales

La culture matérielle récupérée à Philadelphie brosse le tableau d'une communauté bien plus connectée au monde méditerranéen élargi que son emplacement montagneux isolé ne pourrait le suggérer.

Sigillée Orientale A (ESA)

Ces fines vaisselles de table à engobe rouge étaient produites principalement dans la région autour d'Antioche, en Méditerranée orientale. Leur présence à Philadelphie dans les Hayes Formes 22, 3-4 et 28-30 démontre des connexions commerciales actives avec la côte syrienne datant de la fin du IIe siècle av. J.-C. Les céramiques étaient probablement importées via les ports côtiers de la Cilicie Trachée et transportées à l'intérieur des terres le long des routes montagneuses.

Céramiques à glaçure plombifère

Une étude publiée dans la revue Seleucia a examiné les céramiques à glaçure plombifère de Philadelphie. Ce groupe de poteries distinctif, caractérisé par une glaçure brillante à base de plomb, est typique du début de la période impériale romaine (Ier siècle av. J.-C. -- Ier siècle apr. J.-C.). La présence de vaisselles à glaçure plombifère confirme l'apogée de prospérité du site durant cette période et ajoute un autre maillon à la chaîne des preuves de commerce à longue distance.

Marbre

L'utilisation de marbre importé pour les sarcophages -- plutôt que du calcaire localement abondant -- est en soi une preuve de connexions commerciales. Le marbre provenait probablement des carrières de l'Anatolie occidentale (Dokimeion, Afyon) ou possiblement de Proconnèse (île de Marmara), nécessitant un transport sur des centaines de kilomètres par mer et par voie terrestre.

Verre

Les objets en verre, y compris le gobelet à décor mythologique et les coupes côtelées, représentent des articles de luxe produits dans des ateliers spécialisés de l'Orient romain, possiblement en Syrie ou en Égypte. Leur présence à Philadelphie démontre que l'élite de la cité participait aux schémas de consommation du monde romain élargi.

Les bustes-portraits impériaux : analyse détaillée

Les neuf bustes-portraits en calcaire de Philadelphie représentent l'un des assemblages les plus significatifs de portraiture impériale découvert dans l'Isaurie intérieure :

Matériau et technique :

  • Les neuf bustes sont taillés dans un calcaire local gris-blanc, et non dans du marbre importé. Cela indique une production locale, probablement par un atelier de la région, plutôt que l'importation d'œuvres sculpturales finies.
  • L'utilisation de pierre locale pour les portraits impériaux est caractéristique des cités provinciales plus petites qui n'avaient pas accès aux ateliers de marbre mais participaient néanmoins à la pratique répandue dans l'empire d'afficher les images impériales.
  • La technique de taille montre un travail provincial compétent -- les proportions et les traits sont reconnaissables comme des types de portraits impériaux mais manquent de la finition raffinée des ateliers romains métropolitains.

Identification et datation :

  • Les bustes semblent couvrir la période allant du Ier au IIIe siècle apr. J.-C., sur la base de comparaisons de coiffures avec des portraits monétaires impériaux datés.
  • Bien que les identifications spécifiques d'empereurs restent débattues (le style provincial rend l'attribution précise difficile), les coiffures et le traitement des barbes suggèrent des types allant de la période julio-claudienne à la période sévérienne.
  • Certains bustes peuvent ne pas représenter des empereurs spécifiques mais des types « impériaux génériques » idéalisés -- un phénomène courant dans les galeries de portraits provinciales où l'identité exacte importait moins que l'affichage symbolique de loyauté.

Fonction et contexte d'exposition :

  • Les bustes ornaient vraisemblablement un sébasteion (sanctuaire du culte impérial) ou étaient exposés dans un bâtiment public tel qu'une basilique, un bouleutérion (salle du conseil) ou une colonnade d'agora.
  • Leur dépôt dans le dépotoir céramique suggère un retrait délibéré de leur contexte d'exposition originel à un moment donné -- possiblement durant la christianisation de la cité (IVe-Ve siècle apr. J.-C.), lorsque l'imagerie païenne et impériale était parfois systématiquement retirée des espaces publics.
  • La pratique consistant à maintenir une galerie de portraits impériaux dans une cité isaurienne isolée démontre que même les communautés éloignées des grands centres urbains participaient aux rituels de loyauté impériale qui maintenaient la cohésion de l'Empire romain.

Contexte comparatif :

  • Des galeries de portraits impériaux provinciaux similaires ont été trouvées à Boubon (province de Burdur) et à Sagalassos (province de Burdur) dans la Pisidie voisine, suggérant que la pratique était répandue dans les communautés montagneuses de l'Anatolie méridionale.
  • Les bustes de Philadelphie se distinguent par leur utilisation du calcaire plutôt que du marbre et par leur échelle légèrement plus petite (environ 0,40-0,50 mètre de hauteur de la poitrine à la couronne).

Les Isauriens dans l'histoire romaine : contexte pour Philadelphie

Comprendre Philadelphie exige de comprendre les Isauriens eux-mêmes -- l'un des peuples les plus distinctifs et controversés de l'Empire romain :

Sources littéraires antiques sur les Isauriens :

  • Ammien Marcellin (IVe siècle apr. J.-C.) décrit les Isauriens comme des « brigands perpétuels » qui sortaient de leurs bastions montagneux pour piller les cités des basses terres et la navigation côtière.
  • Strabon (Ier siècle av. J.-C./apr. J.-C.) caractérise les montagnes isauriennes comme pratiquement impénétrables et leurs habitants comme impossibles à soumettre entièrement.
  • L'Histoire Auguste rapporte de multiples campagnes militaires romaines contre les « pirates et brigands » isauriens durant le IIIe siècle apr. J.-C.
  • Ces portraits littéraires sont fortement biaisés en faveur d'une perspective romaine qui considérait toute résistance à l'autorité impériale comme de la criminalité.

Campagnes militaires contre l'Isaurie :

  • Publius Servilius Vatia Isauricus (78-74 av. J.-C.) : La première campagne romaine majeure contre les Isauriens, valant au général son cognomen honorifique. Il s'empara de plusieurs forteresses isauriennes et ouvrit la région à l'influence romaine.
  • Multiples campagnes du IIIe siècle : À mesure que l'Empire romain s'affaiblissait pendant la « Crise du IIIe siècle », les raids isauriens sur les cités des basses terres et le commerce côtier augmentèrent, nécessitant des réponses militaires répétées.
  • Guerre isaurienne d'Anastase Ier (492-498 apr. J.-C.) : Une campagne militaire de six ans qui brisa définitivement le pouvoir politique isaurien après la mort de l'empereur Zénon. Des milliers d'Isauriens furent relocalisés de force en Thrace (les Balkans).

Empereurs et généraux isauriens :

  • Tarasicodissa/Zénon (r. 474-491) : Né dans les montagnes isauriennes, il s'éleva à travers les rangs militaires pour devenir empereur romain d'Orient. Il prit le nom grec de Zénon pour paraître moins « barbare » à l'élite de Constantinople.
  • Illous : Général isaurien qui servit Zénon mais se révolta plus tard (484 apr. J.-C.), démontrant la nature factionnelle de l'engagement politique isaurien avec Constantinople.
  • Léontios : Autre officier isaurien qui revendiqua brièvement le trône durant la révolte d'Illous.

Réévaluer les Isauriens : Les preuves archéologiques de Philadelphie remettent en question le stéréotype littéraire antique des Isauriens comme simples brigands :

  • La présence de céramiques fines importées, de verre, de sculpture en marbre et de portraits impériaux démontre qu'au moins certaines communautés isauriennes étaient prospères, culturellement sophistiquées et intégrées aux réseaux commerciaux et politiques romains.
  • La nécropole élaborée reflète une société sédentaire et hiérarchique avec des élites établies, et non une communauté de pillards de passage.
  • L'adoption de formes funéraires romaines (sarcophages, bustes-portraits, tombes voûtées) indique un engagement culturel avec la civilisation romaine, et non un rejet de celle-ci.
  • Philadelphie suggère que le « brigandage isaurien » a pu être un phénomène propre à des groupes et périodes spécifiques, et non une caractéristique définissant toutes les communautés isauriennes.

Routes commerciales : comment les biens parvenaient à Philadelphie

La reconstitution des routes commerciales qui reliaient Philadelphie à la Méditerranée élargie éclaire la géographie économique de la Cilicie Trachée intérieure :

La connexion côtière :

  • Le port principal reliant Philadelphie au commerce méditerranéen était probablement Kélenderis (l'actuelle Aydincik), à environ 80 km au sud par la route de montagne, ou Séleucie du Calycadnos (l'actuelle Silifke), à environ 130 km au sud-est.
  • Les navires transportant de la Sigillée Orientale A de la région d'Antioche, du verre des ateliers syriens ou égyptiens et du marbre des carrières d'Anatolie occidentale auraient déchargé dans ces ports.

Le réseau de routes de montagne :

  • Depuis la côte, les marchandises voyageaient vers l'intérieur via une série de vallées montagneuses suivant l'Ermenek Su (rivière d'Ermenek) et ses affluents vers le nord.
  • La route gagnait environ 800-1000 mètres d'altitude de la côte à Philadelphie, nécessitant des animaux de bât (ânes, mulets) plutôt qu'un transport sur roues.
  • Des relais routiers et des caravansérails (khans) le long de la route auraient fourni un hébergement nocturne aux marchands et à leurs animaux -- bien qu'aucun exemple spécifique n'ait encore été fouillé sur la route de Philadelphie.

La connexion avec le plateau du Nord :

  • Philadelphie était également reliée au nord à la plaine de Konya via le corridor de Mut (Claudiopolis), donnant accès à la grande route est-ouest traversant le plateau anatolien.
  • Cette route septentrionale reliait Philadelphie aux grandes carrières de marbre de Dokimeion (près d'Afyon/Iscehisar), la source la plus probable pour le marbre des sarcophages.

Produits économiques : Philadelphie exportait vraisemblablement :

  • Du bois (cèdre et pin des forêts environnantes -- le cèdre cilicien était célèbre dans l'Antiquité)
  • Du bétail (chèvres et moutons issus du pastoralisme de montagne)
  • Des ressources minérales (les monts Taurus sont riches en fer, plomb et autres métaux)
  • Des résines aromatiques et des plantes médicinales récoltées dans les forêts de montagne

En échange, la cité importait :

  • Des céramiques fines (ESA de Syrie, vaisselles à glaçure plombifère)
  • Des récipients en verre (des ateliers syriens ou égyptiens)
  • Du marbre (des carrières d'Anatolie occidentale)
  • De l'huile d'olive et du vin (de la côte égéenne)
  • De la métallurgie et des bijoux (des centres urbains)

Travaux archéologiques

Exploration précoce

Les ruines de Gokceseki étaient connues des villageois locaux depuis des générations mais reçurent peu d'attention savante jusqu'au début du XXIe siècle. Le site a été identifié dans la littérature universitaire comme un emplacement potentiel pour la cité isaurienne antique de Philadelphie sur la base des descriptions géographiques dans les sources antiques, de la densité des ruines visibles et des preuves épigraphiques.

Fouilles systématiques (2015-présent)

Les travaux de fouille formels ont commencé en 2015 sous la direction de chercheurs associés à l'Université Karamanoglu Mehmetbey (Karaman). Le projet de fouille a été soutenu par la Direction provinciale de la culture et du tourisme de Karaman.

Les principaux résultats des fouilles incluent :

  • Saison 2015 : Le nettoyage et la fouille initiale ont révélé les huit sarcophages en marbre sur la plateforme à trois degrés dans la zone de la nécropole, ainsi que le dépotoir céramique contenant les bustes-portraits impériaux. Il s'agissait d'une fouille de sauvetage motivée par des inquiétudes concernant le pillage.
  • Saisons ultérieures : La poursuite des travaux sur la nécropole a documenté la variété des types de tombes rupestres, y compris les chambres voûtées en berceau et à toit plat. Les travaux de prospection ont cartographié l'étendue de l'établissement et identifié des fondations de bâtiments sur le coteau.
  • Analyse céramique : L'étude détaillée des céramiques Sigillée Orientale A (ESA) par des chercheurs publiée dans la revue universitaire Cedrus a établi le cadre chronologique pour la première occupation significative de la cité (fin du IIe siècle av. J.-C. -- milieu du Ier siècle apr. J.-C.).
  • Étude sur les céramiques à glaçure plombifère : Publiée dans la revue Seleucia, cette analyse a fourni des preuves supplémentaires des connexions commerciales du site et confirmé le début de la période impériale comme l'apogée de prospérité.
  • Études sur le verre : Deux études -- l'une sur les coupes en verre côtelé (Cedrus) et l'autre sur un gobelet en verre à figures mythologiques (TUBA-AR, 2024) -- ont documenté l'accès de Philadelphie aux produits en verre de luxe des grands centres de production romains.

Recherches en cours

Les fouilles se poursuivent sur le site, chaque saison élargissant la connaissance de la disposition, de l'économie et des connexions culturelles de l'établissement. Les futurs travaux devraient se concentrer sur les secteurs résidentiels et publics de la cité, qui restent largement inexplorés. L'identification d'une possible église ou d'un bâtiment public dans la zone de l'établissement améliorerait considérablement la compréhension du caractère urbain de la cité.

Le corpus croissant de recherches publiées sur la culture matérielle de Philadelphie -- avec des articles dans Cedrus, Seleucia, TUBA-AR, ANMED et Arkhaia Anatolika -- a établi le site comme un point de référence important pour l'archéologie de l'Isaurie et de la zone montagneuse plus large du Taurus.

Analyse comparative : Philadelphie et autres sites isauriens/ciliciens

La signification de Philadelphie est éclairée par la comparaison avec d'autres sites fouillés de la région :

Isaura Nova (Zengibar Kalesi, Bozkir) :

  • La cité isaurienne la mieux connue, située à environ 100 km au nord de Philadelphie près de Bozkir dans la province de Konya.
  • Présente des murs de fortification hellénistiques massifs et une porte monumentale, reflétant son caractère de bastion militaire.
  • Moins de preuves de connexions commerciales et de biens de luxe qu'à Philadelphie.
  • Démontre l'aspect militaire de l'établissement isaurien que la nécropole et la culture matérielle de Philadelphie n'accentuent pas.

Anémurion (Anamur) :

  • Une grande cité côtière à environ 100 km au sud, directement sur la Méditerranée.
  • Vastes mosaïques d'époque romaine, complexes thermaux et une nécropole bien préservée avec des intérieurs de tombes peints.
  • Représente le pôle côtier du système économique qui atteignait l'intérieur jusqu'à Philadelphie.
  • Le contraste entre les mosaïques d'Anémurion et les tombes rupestres de Philadelphie illustre les différentes possibilités architecturales disponibles sur la côte par rapport aux montagnes.

Diocésarée (Uzuncaburc) :

  • Située à environ 130 km au sud-est de Philadelphie, dans le territoire d'Olbé.
  • Présente un monumental Temple de Zeus Olbios avec des colonnes corinthiennes encore debout (comparable à Euromos en Carie).
  • Démontre que l'architecture monumentale des temples helléniques-romains atteignait l'intérieur de la Cilicie, bien que Philadelphie ne montre aucune preuve d'une telle construction de temple à grande échelle.

Olbé/Ura (Ura) :

  • L'ancien centre dynastique sacerdotal à environ 120 km au sud-est, gouverné par une dynastie sacerdotale (les prêtres Teucrides de Zeus Olbios).
  • Fournit des preuves de la manière dont les communautés montagneuses indigènes adaptèrent les institutions religieuses et politiques grecques.
  • Parallèle à Philadelphie en montrant comment les communautés isolées s'engageaient avec des formes culturelles gréco-romaines plus larges.

Monastère d'Alahan :

  • Situé à environ 80 km de Philadelphie, ce spectaculaire complexe monastique du Ve siècle apr. J.-C. est taillé dans une falaise.
  • Représente la christianisation du paysage montagneux dans l'Antiquité tardive -- la même période où les portraits impériaux païens de Philadelphie ont pu être retirés de l'exposition publique.
  • L'ambition architecturale d'Alahan démontre que des projets de construction majeurs étaient possibles même dans des emplacements montagneux isolés pendant la période byzantine.

Informations pratiques pour le visiteur

Localisation et accès

Philadelphie (Gokceseki) est située à environ 12 km du centre-ville d'Ermenek, dans le district d'Ermenek de la province de Karaman. Le site peut être atteint par les routes locales depuis Ermenek. Un véhicule est recommandé, car les options de transport public sont limitées.

Depuis Karaman : Conduisez vers le sud sur la route D715/D340 vers Ermenek (environ 120 km, 2 heures). Depuis Ermenek, suivez les panneaux ou demandez aux habitants des indications vers le village de Gokceseki. Les ruines se trouvent au nord du village sur le coteau.

Depuis Konya : Conduisez vers le sud via Karaman jusqu'à Ermenek (environ 200 km, 3 heures).

Depuis la côte d'Antalya/Mersin : Le site est accessible par les routes de montagne depuis la côte méditerranéenne, bien que ces itinéraires soient sinueux et nécessitent une conduite prudente. L'itinéraire via Mut représente environ 100 km depuis Silifke.

Durée de la visite

Une visite ciblée de la nécropole et des principales ruines prend environ 1,5 à 2 heures. Les visiteurs qui souhaitent explorer le paysage plus large, photographier les tombes rupestres en détail et chercher les fondations de bâtiments dispersés devraient prévoir 3 à 4 heures.

Meilleure période pour visiter

  • Printemps (avril-juin) : Fleurs sauvages en floraison, températures confortables (15-25 °C), bonne lumière pour la photographie. Les coteaux sont à leur plus beau.
  • Automne (septembre-octobre) : Temps frais et clair et moins de visiteurs. La lumière de montagne est excellente.
  • Été : Chaud à midi (30-35 °C) ; visitez le matin ou en fin d'après-midi. Les forêts de pins offrent un peu d'ombre.
  • Hiver : La neige peut bloquer les routes d'accès aux altitudes plus élevées. Le site est généralement inaccessible de décembre à mars.

Visites combinées

Ermenek et la région environnante offrent plusieurs destinations complémentaires :

  • Ville d'Ermenek : Ville historique avec une architecture seldjoukide et ottomane, y compris la Tol Medrese (madrasa seldjoukide) et le château d'Ermenek (forteresse de la période karamanide).
  • Mut (l'ancienne Claudiopolis) : Une autre cité isaurienne à environ 60 km au sud, avec ses propres vestiges archéologiques et le monastère d'Alahan à proximité.
  • Monastère d'Alahan : Un spectaculaire complexe monastique du début de la période byzantine taillé dans une falaise, à environ 80 km d'Ermenek. L'un des sites byzantins les plus importants de Turquie.
  • Anamur (l'ancienne Anémurion) : Cité romaine côtière à environ 100 km au sud, offrant un contraste entre le cadre montagneux de Philadelphie et une cité portuaire méditerranéenne. Mosaïques bien préservées et murs de la cité.
  • Silifke (l'ancienne Séleucie du Calycadnos) : La principale cité côtière qui a vraisemblablement servi de centre administratif à Philadelphie, à environ 130 km au sud-est.

Conseils pratiques

  • Portez des chaussures de randonnée robustes ; le terrain est rocheux et escarpé, avec des éboulis sur certains sentiers.
  • Apportez de l'eau et une protection solaire ; il n'y a pas d'installations sur le site.
  • Informez les autorités locales ou le musée d'Ermenek de votre visite, car les conditions d'accès peuvent varier et les fouilles en cours peuvent affecter les zones accessibles.
  • Une lampe de poche est utile pour examiner l'intérieur des tombes rupestres, qui peuvent être assez sombres.
  • La couverture de téléphone mobile peut être limitée dans les vallées montagneuses. Téléchargez des cartes hors-ligne avant la visite.
  • Le site n'est pas formellement aménagé pour le tourisme -- il n'y a ni panneaux, ni sentiers, ni infrastructure pour les visiteurs au niveau des ruines elles-mêmes. Une volonté d'escalader les rochers et de traverser les sous-bois est requise.
  • Envisagez de contacter le département d'archéologie de l'Université Karamanoglu Mehmetbey à l'avance si vous souhaitez en apprendre davantage sur les dernières découvertes des fouilles.

Foire aux questions

Quel est le lien entre Gokceseki et l'ancienne cité de Philadelphie ?

Les ruines au nord des villages de Gokceseki et Camlica ont été identifiées par les archéologues comme l'ancienne cité isaurienne de Philadelphie, sur la base des descriptions géographiques dans les sources antiques, de la densité et du caractère des vestiges archéologiques, des preuves céramiques établissant une séquence d'occupation hellénistique à byzantine, et des parallèles épigraphiques.

Pourquoi le site s'appelle-t-il Philadelphie ?

Le nom Philadelphie (grec pour « amour fraternel ») était couramment donné aux cités du monde hellénistique, souvent en l'honneur d'un souverain ou d'une relation dynastique. Plusieurs cités du monde antique portaient ce nom, dont la célèbre Philadelphie de Lydie (l'actuelle Alasehir) et Philadelphie de la Décapole (l'actuelle Amman, en Jordanie). La Philadelphie isaurienne était un établissement distinct, et son nom peut refléter une fondation ou refondation par un souverain hellénistique exprimant la solidarité dynastique.

Quelles sont les découvertes les plus importantes des fouilles ?

Les découvertes les plus significatives incluent : les huit sarcophages en marbre d'époque romaine sur une plateforme à trois degrés ; les neuf bustes-portraits impériaux en calcaire ; les céramiques Sigillée Orientale A datant de la fin du IIe siècle av. J.-C. ; le complexe diversifié de tombes rupestres dans la nécropole ; les céramiques à glaçure plombifère du début de la période impériale ; et les récipients en verre, dont un gobelet à figures mythologiques.

Qui étaient les Isauriens ?

Les Isauriens étaient un peuple montagnard du centre-sud de l'Anatolie, occupant le terrain accidenté des monts Taurus occidentaux. Connus dans l'Antiquité pour leur farouche indépendance et leur résistance à l'autorité centralisée, ils ont été diversement décrits par les auteurs grecs et romains comme des pirates, des brigands et des guerriers de montagne invincibles. Les Romains menèrent de multiples campagnes militaires contre eux. Paradoxalement, les Isauriens produisirent également des empereurs romains -- notamment Zénon (r. 474-491 apr. J.-C.), qui régna sur tout l'Empire romain d'Orient.

Le site est-il ouvert aux visiteurs toute l'année ?

Le site est une zone archéologique en plein air sans portes d'entrée formelles ni guichets. L'accès dépend des conditions routières et météorologiques, en particulier en hiver lorsque la neige peut bloquer les routes de montagne. Contactez la sous-préfecture d'Ermenek ou le musée de Karaman pour connaître les conditions actuelles.

Comment Philadelphie se compare-t-elle aux autres sites isauriens ?

Philadelphie est l'une des rares cités isauriennes fouillées de manière systématique. Bien qu'Isaura Nova (château de Zengibar près de Bozkir, Konya) soit mieux connue pour ses fortifications monumentales, Philadelphie offre des preuves supérieures pour les pratiques funéraires, les connexions commerciales et la vie quotidienne à travers sa nécropole, son assemblage céramique et ses objets en verre. La combinaison de tombes rupestres et de sarcophages en marbre dans une même nécropole est particulièrement distinctive.

Y a-t-il des projets pour un musée de site ?

Selon les derniers rapports de fouille, il n'y a pas de musée sur place. Les découvertes des fouilles sont conservées au musée de Karaman. Les futurs plans de développement peuvent inclure une infrastructure améliorée pour les visiteurs, mais l'emplacement isolé du site en fait une perspective à long terme.

Quelle est la signification des couvercles de sarcophages en forme de lion ?

Les couvercles en forme de lion trouvés sur certains des sarcophages en marbre de Philadelphie sont une caractéristique distinctive de l'art funéraire romain d'Anatolie. Les lions servaient de gardiens symboliques des morts, représentant la force, la protection et la frontière entre le monde des vivants et l'au-delà. Dans les contextes isaurien et cilicien, l'imagerie léonine était particulièrement proéminente, reflétant possiblement la présence réelle de lions asiatiques (aujourd'hui éteints en Turquie) dans les monts Taurus durant la période romaine. Les sarcophages à couvercle léonin de Philadelphie sont significatifs parce qu'ils démontrent que les élites locales adoptèrent ce vocabulaire symbolique romain répandu tout en affichant leur richesse à travers l'artisanat du marbre importé.

Que peuvent voir les visiteurs au musée de Karaman ?

Le musée de Karaman (Karaman Muzesi), situé dans le centre-ville de Karaman, abrite les découvertes de Philadelphie et d'autres sites archéologiques de la province. La collection comprend les neuf bustes-portraits impériaux en calcaire, les assemblages céramiques, les fragments de verre et d'autres artefacts provenant des fouilles de Gokceseki. Le musée expose également des artefacts d'autres périodes de la longue histoire de Karaman, y compris l'art turco-islamique de la période karamanide, des fragments architecturaux seldjoukides et des découvertes préhistoriques de la région plus large. Le musée fournit un contexte essentiel pour comprendre la culture matérielle de Philadelphie avant de visiter le site lui-même.

Comment le marbre parvenait-il à Philadelphie depuis l'Anatolie occidentale ?

Le transport du marbre vers une cité montagneuse isolée comme Philadelphie nécessitait une chaîne logistique sophistiquée. Le marbre provenait très probablement des carrières de Dokimeion (près de l'actuelle Afyon/Iscehisar), l'un des centres de production de marbre les plus célèbres de l'Empire romain, ou possiblement de Proconnèse (île de Marmara). Depuis Dokimeion, les blocs de marbre auraient été transportés par voie terrestre en charrette à bœufs vers la côte méditerranéenne, puis acheminés par mer vers un port cilicien tel que Séleucie du Calycadnos (Silifke) ou Kélenderis (Aydincik). Depuis la côte, les blocs auraient été hissés par les routes de montagne jusqu'à Philadelphie -- un voyage d'au moins plusieurs jours sur un terrain difficile. L'effort et la dépense considérables impliqués dans cette chaîne d'approvisionnement soulignent la richesse considérable et la détermination des familles d'élite de Philadelphie.

Qu'est-ce que la Cilicie Trachée et comment Philadelphie s'inscrit-elle dans cette région ?

La Cilicie Trachée (latin : Cilicia Tracheia ; grec : Kilikia Trakheia) désigne la portion occidentale montagneuse de l'ancienne Cilicie, correspondant approximativement à la côte turque moderne d'Alanya à Silifke. Contrairement à la Cilicie Pédiade (Cilicia Pedias), la plaine orientale plate autour de Tarse et d'Adana, la Cilicie Trachée est caractérisée par les monts Taurus accidentés descendant abruptement vers la mer. Philadelphie se trouve dans les hautes terres intérieures de cette région, au nord des cités côtières mais reliée à elles par des routes de montagne. Les Isauriens qui habitaient ce territoire étaient considérés par les autorités romaines comme l'une des populations les plus troublantes de l'empire, nécessitant de fréquentes expéditions militaires pour maintenir l'ordre. Les preuves archéologiques de Philadelphie suggèrent que, malgré cette réputation, les communautés intérieures de la Cilicie Trachée étaient plus romanisées et plus connectées commercialement que les stéréotypes littéraires antiques ne le suggèrent.

Sources et lectures complémentaires

Share

Informations de localisation

Latitude :36.614660
Longitude :33.023619