Résumé rapide : Perre (l'antique Perrhe) était l'une des quatre principales cités du royaume de Commagène, située dans ce qui est aujourd'hui une banlieue nord d'Adıyaman. Le site est dominé par une énorme nécropole rupestre — la plus vaste de la région — contenant des centaines de tombes taillées dans les falaises sur sept siècles (Ier s. av. J.-C. – VIIe s. apr. J.-C.). Des tombes à chambre aux façades ornées de reliefs, des sarcophages indépendants, des catacombes et des salles à sols en mosaïque révèlent une cité multiethnique où les traditions gréco-romaines, perses et paléochrétiennes ont convergé.
Table des matières
- Pourquoi Perre compte
- Géographie et contexte
- Contexte historique
- Le royaume de Commagène
- La nécropole
- Types de tombes et coutumes funéraires
- Reliefs sculpturaux et inscriptions
- La cité des vivants : systèmes hydrauliques et infrastructures
- Période paléochrétienne
- Fouilles archéologiques
- Principales découvertes et collections muséales
- Perre dans le réseau de la Commagène
- Informations pour les visiteurs
- Foire aux questions
- Sources et lectures complémentaires
Pourquoi Perre compte
Perre est la nécropole de Commagène la plus accessible et la mieux préservée de Turquie. Tandis que les sanctuaires sommitaux du royaume au Nemrut Dağı et à Arsameia attirent les visiteurs internationaux, Perre révèle le monde funéraire quotidien des citoyens de Commagène — la façon dont ils enterraient leurs morts, ce qu'ils croyaient de l'au-delà, et comment les coutumes grecques, perses et anatoliennes locales se mêlaient dans la pratique quotidienne.
L'ampleur même de la nécropole — des centaines de tombes regroupées le long des parois rocheuses — fait de Perre l'un des plus vastes complexes funéraires antiques du sud-est de l'Anatolie. La variété des types de tombes (chambres rupestres, catacombes, sarcophages, loculi, hypogées, tumuli et tombes à tuiles) offre une coupe transversale sans équivalent des pratiques funéraires couvrant sept siècles.
Pour les étudiants de la Commagène, Perre est essentielle car elle était une cité des vivants autant que des morts. Les fouilles récentes ont mis au jour des sols en mosaïque, des citernes, des canalisations d'eau et des fondations architecturales qui révèlent un établissement urbain prospère — pas simplement un cimetière.
Géographie et contexte
Perre se trouve à Örenli (anciennement le village de Pirin), dans la périphérie nord d'Adıyaman actuelle, à une altitude d'environ 700 mètres. Le site occupe une série de falaises de calcaire tendre orientées au sud, idéales pour la taille rupestre. Les falaises s'élèvent à 30–50 mètres au-dessus de la plaine environnante, et les tombes sont creusées dans leurs parois à plusieurs niveaux, accessibles par des escaliers taillés directement dans la roche.
L'emplacement est stratégique : Perre se trouvait sur la route principale partant de Samosate (la capitale de Commagène sur l'Euphrate) vers l'ouest en direction de Mélitène (Malatya) et de l'intérieur de l'Anatolie. Cette position sur un grand axe est-ouest en faisait une étape et un centre commercial naturels.
Le paysage semi-aride est caractéristique du plateau du Sud-Est anatolien — collines brunes à la végétation clairsemée, ponctuées par le ruban vert des terres irriguées le long des vallées. Le réservoir du barrage Atatürk s'étend au sud-est, et le pic spectaculaire du Nemrut Dağı est visible par temps clair depuis les falaises supérieures.
Contexte historique
Période pré-commagénienne
La région d'Adıyaman était habitée dès le Paléolithique. À la fin de l'âge du bronze, elle entra dans la sphère de l'Empire hittite. Après l'effondrement des Hittites (vers 1180 av. J.-C.), la zone fut contrôlée par divers États-cités néo-hittites et araméens avant d'être absorbée dans les empires assyrien puis perse.
L'essor de la Commagène
Le royaume de Commagène émergea vers 163 av. J.-C. lorsque le satrape local Ptolémée déclara son indépendance de l'Empire séleucide en désagrégation. Le royaume occupait le territoire entre les monts Taurus et l'Euphrate supérieur — un territoire compact mais stratégiquement vital contrôlant des passages fluviaux clés.
Les souverains de Commagène, la dynastie orontide, cultivèrent une fusion délibérée d'identité grecque et perse. Ils faisaient remonter leur ascendance à la fois aux Perses achéménides et à Alexandre le Grand, et leur iconographie religieuse combinait des éléments hellénistiques et zoroastriens — comme cela est spectaculairement illustré au Nemrut Dağı.
Perre comme cité principale
Perre était l'une des quatre cités principales de Commagène, aux côtés de :
- Samosate — la capitale royale (aujourd'hui submergée par le barrage Atatürk)
- Germanicia (l'actuelle Kahramanmaraş)
- Doliché (l'actuelle Dülük, près de Gaziantep)
L'importance de Perre découlait de sa position sur la route principale est-ouest et de son abondant approvisionnement en eau provenant de sources naturelles. La cité servait de centre commercial et d'étape pour les voyageurs et les armées traversant le royaume.
Annexion romaine
La Commagène fut annexée par Rome par étapes. Elle fut brièvement absorbée en 17 apr. J.-C. sous Tibère, restaurée comme royaume client, puis définitivement annexée en 72 apr. J.-C. sous Vespasien par le gouverneur Caesennius Paetus. Perre continua de prospérer sous l'administration romaine au sein de la province de Commagène (ultérieurement rattachée à la Syrie).
Le royaume de Commagène
Comprendre Perre exige de comprendre la culture unique de la Commagène — un royaume où l'Orient et l'Occident se rencontrèrent de manière délibérée et programmatique :
- Idéologie royale : Des rois comme Antiochos Ier Théos (69–36 av. J.-C.) érigèrent des sites cultuels monumentaux où des dieux grecs furent syncrétisés avec des divinités iraniennes (Zeus-Oromasdès, Apollon-Mithra, Artagnès-Héraclès)
- Double lignée : La famille royale prétendait descendre à la fois de Darius Ier de Perse et d'Alexandre le Grand
- Art et architecture : Combinaient les traditions sculpturales grecques avec l'échelle colossale de style perse
- Religion : Une synthèse de la religion olympienne grecque, du mazdéisme iranien et des cultes anatoliens locaux
- Langue : Le grec était la langue officielle, mais l'araméen et les langues locales persistèrent
Cette fusion culturelle est visible à Perre dans la nécropole : les façades des tombes présentent des ordres architecturaux de style grec aux côtés de motifs en relief d'influence perse, et les inscriptions apparaissent à la fois en grec et en araméen.
La nécropole
La nécropole de Perre est le plus vaste cimetière antique de la région d'Adıyaman et l'un des plus étendus du sud-est de la Turquie. Elle s'étend le long des parois rocheuses sur plusieurs centaines de mètres, avec des tombes creusées à divers niveaux, de la base au sommet des falaises.
Échelle et durée
- Période d'activité : du Ier siècle av. J.-C. au VIIe siècle apr. J.-C. (environ 700 ans)
- Nombre de tombes : des centaines — possiblement plus d'un millier, beaucoup encore non fouillées ou partiellement effondrées
- Étendue verticale : Les tombes sont creusées à plusieurs niveaux, accessibles par des escaliers rupestres à différents endroits
- Étendue horizontale : La nécropole s'étire le long de plusieurs parois rocheuses, couvrant une superficie de plusieurs hectares
Organisation
Les tombes sont regroupées en secteurs (grappes) accessibles par des escaliers communautaires taillés dans la falaise. Chaque secteur semble avoir servi à une famille ou à un groupe social particulier sur plusieurs générations. Les tombes les plus grandes et les plus élaborées occupent les positions les plus en vue, suggérant que la visibilité était un marqueur de statut social.
Types de tombes et coutumes funéraires
L'extraordinaire variété de types de tombes à Perre reflète le long usage du site et sa population multiethnique :
Tombes à chambre rupestre
Le type le plus courant et caractéristique. Il s'agit de salles rectangulaires creusées dans la paroi rocheuse, souvent avec :
- Des plafonds voûtés ou plats
- Plusieurs niches funéraires (loculi) dans les murs
- Des banquettes sculptées (klinai) le long des murs pour les défunts
- Des façades décorées avec des encadrements architecturaux (pilastres, frontons, corniches)
- Occasionnellement, des intérieurs peints ou stuqués
Certaines chambres sont assez spacieuses — suffisamment grandes pour accueillir des rassemblements familiaux lors des rituels commémoratifs.
Catacombes
Complexes funéraires souterrains à plusieurs salles, composés de :
- Couloirs centraux avec des salles s'embranchant des deux côtés
- Niches voûtées pour les sépultures individuelles, séparées de manière irrégulière par des pilastres
- Plusieurs niveaux reliés par des escaliers internes
- Une capacité de plusieurs dizaines de sépultures dans un seul complexe
Les catacombes sont particulièrement associées à la période romaine tardive et paléochrétienne.
Sarcophages indépendants
Sarcophages en pierre placés à l'air libre sur des terrasses ou dans des niches rupestres. Certains présentent :
- Une décoration en relief sculptée sur les longs côtés
- Un couvercle avec acrotères (décorations d'angle) ou figure allongée
- Des inscriptions grecques ou araméennes identifiant le défunt
Tombes en khamosorion
Un type distinctif où le sarcophage est taillé directement dans le substrat rocheux, restant attaché à la paroi de la falaise — formant en fait un cercueil surélevé taillé dans la roche.
Tombes hypogées (souterraines)
Chambres funéraires entièrement souterraines accessibles par des escaliers en pierre, parfois avec des façades architecturales élaborées à l'entrée.
Tumuli
Tertres funéraires recouverts de terre dans le paysage environnant, associés à l'élite de la période commagénienne.
Tombes à tuiles et urnes
Formes funéraires plus simples pour les individus moins fortunés, consistant en :
- Des corps recouverts de tuiles de toit en terre cuite disposées en forme de A
- Des urnes de crémation (plus courantes durant la période hellénistique antérieure)
Reliefs sculpturaux et inscriptions
Les façades des tombes de Perre préservent un corpus important de sculpture funéraire :
Panneaux en relief
- Scènes de banquet montrant le défunt allongé sur des lits, servi par des serviteurs
- Reliefs d'aigle — l'aigle était sacré dans la religion de Commagène, associé au voyage céleste de l'âme
- Motifs de couronnes et de guirlandes symbolisant la victoire sur la mort
- Encadrements architecturaux avec des pilastres corinthiens ou ioniques et des frontons
Inscriptions
Des inscriptions en grec et occasionnellement en araméen consignent les noms, les généalogies et parfois les professions des défunts. Elles fournissent de précieuses données démographiques sur la population de Perre :
- Les noms grecs indiquent des familles hellénisées
- Les noms iraniens/commagéniens (par exemple Mithridate, Arsamès) suggèrent des liens avec l'élite ou la royauté
- Les inscriptions araméennes pointent vers une minorité sémitophone
- Certaines inscriptions bilingues démontrent le caractère multilingue de la cité
La cité des vivants
Perre n'était pas seulement une nécropole, mais un établissement urbain prospère. Les preuves archéologiques de la cité des vivants comprennent :
Systèmes hydrauliques
D'importantes citernes et canalisations d'eau taillées dans la roche démontrent une gestion sophistiquée de l'eau :
- Citernes rupestres aux intérieurs enduits pour le stockage de l'eau
- Canaux dirigeant l'eau de source à travers l'établissement
- Systèmes de distribution suggérant un approvisionnement municipal organisé en eau
L'abondance d'eau provenant des sources naturelles fut probablement l'une des principales raisons pour lesquelles l'établissement fut créé à cet endroit.
Sols en mosaïque
Les fouilles récentes ont mis au jour des sols en mosaïque issus de bâtiments d'époque romaine, présentant :
- Des motifs géométriques en tesselles noires, blanches et colorées
- Des scènes figurées dans certains exemples de meilleure qualité
- Des indices de riches résidences privées ou de bâtiments publics
Vestiges architecturaux
Des fondations et des segments de murs indiquent :
- Des structures domestiques à diverses échelles
- D'éventuels bâtiments publics (zones de marché, bâtiments administratifs)
- Un réseau routier reliant différents quartiers de l'établissement
Période paléochrétienne
Perre se poursuivit comme établissement important durant la période paléochrétienne (IVe–VIIe siècles apr. J.-C.). Les preuves comprennent :
- Des symboles de croix sculptés sur les façades des tombes, indiquant la réutilisation chrétienne de tombes païennes
- De nouvelles chambres funéraires avec une iconographie explicitement chrétienne
- L'extension des sépultures de type catacombe, une forme associée aux premières communautés chrétiennes
- D'éventuelles fondations d'églises (pas encore entièrement fouillées)
- Des références dans les listes épiscopales byzantines à un évêché à Perre ou à proximité
La transition des coutumes funéraires païennes vers les coutumes chrétiennes est visible dans la nécropole : les tombes plus anciennes avec reliefs d'aigle et scènes de banquet grecques laissent place à des tombes plus tardives avec motifs de croix et façades non décorées.
Fouilles archéologiques
Premières explorations
- 1882 : Le savant allemand Otto Puchstein décrivit pour la première fois la nécropole de Perre
- 1938 : Les archéologues allemands Friedrich Karl Dörner et Rudolf Naumann menèrent la première prospection systématique dans le cadre de leur vaste expédition en Commagène
- 1945 : L'archéologue turc İsmail Kılıç Kökten effectua des fouilles
Fouilles modernes
- 2001–2009 : Le musée d'Adıyaman mena d'importantes fouilles de la nécropole, dégageant et documentant des dizaines de chambres funéraires, catacombes et sarcophages
- Années 2010–présent : Poursuite des travaux de fouilles et de conservation sous la direction d'équipes universitaires turques
- Photographie systématique et numérisation 3D des façades de tombes pour la préservation numérique
Défis de conservation
- Le calcaire tendre est vulnérable à l'érosion et à l'altération météorique
- Certaines façades de tombes se détériorent à cause de l'exposition
- L'expansion urbaine d'Adıyaman empiète sur la zone archéologique
- Efforts en cours pour établir un parc archéologique officiel
Principales découvertes et collections muséales
Les principales découvertes des fouilles de Perre sont conservées au musée d'Adıyaman :
- Panneaux en relief sculptés provenant des façades de tombes
- Stèles inscrites en grec et en araméen
- Récipients en céramique, objets en verre et trouvailles métalliques provenant des intérieurs des tombes
- Panneaux de sols en mosaïque provenant de la zone résidentielle
- Monnaies couvrant les périodes commagénienne, romaine et byzantine
- Bijoux et objets personnels déposés avec les défunts
Le musée d'Adıyaman abrite également des trouvailles provenant du Nemrut Dağı, d'Arsameia et d'autres sites de Commagène, fournissant un contexte complet pour comprendre le royaume.
Perre dans le réseau de la Commagène
Perre doit être comprise au sein du réseau des sites de Commagène dans la région d'Adıyaman :
- Nemrut Dağı (à 60 km au nord-est) — le tumulus royal et sanctuaire cultuel d'Antiochos Ier
- Arsameia du Nymphaios (à 35 km au nord-est) — capitale d'été et sanctuaire avec un relief d'Antiochos serrant la main d'Héraclès
- Karakuş Tümülüsü (à 40 km au nord-est) — tertre funéraire des femmes royales avec des sculptures d'aigle et de lion sur colonnes
- Pont de Cendere (pont romain sévérien, à 40 km au nord-est) — l'un des ponts romains les mieux préservés au monde
- Samosate (submergée sous le barrage Atatürk) — l'ancienne capitale
Ensemble, ces sites illustrent l'éventail complet de la civilisation commagénienne — du culte royal au sommet de la montagne (Nemrut) à la vie urbaine quotidienne et à la mort (Perre).
Informations pour les visiteurs
Localisation : Quartier d'Örenli, dans le nord d'Adıyaman. La nécropole se trouve à la limite nord-ouest de la ville moderne, à environ 3 km du centre-ville.
S'y rendre : Depuis le centre d'Adıyaman, suivez les panneaux indiquant Perre/Pirin. Le site est accessible en voiture ou en taxi. Adıyaman dispose de liaisons en bus depuis les grandes villes et d'un aéroport avec des vols intérieurs limités.
Horaires : Ouvert tous les jours pendant les heures de jour. Un gardien du site est généralement présent.
Entrée : Droit d'entrée modeste.
Durée : 1 à 2 heures pour une visite approfondie de la nécropole. Prévoyez du temps supplémentaire pour le musée d'Adıyaman.
Visites combinées :
- Musée d'Adıyaman — essentiel pour comprendre les trouvailles
- Nemrut Dağı — l'emblématique sanctuaire sommital de Commagène (2 heures de route + randonnée)
- Arsameia — sanctuaire avec panneaux en relief (sur la route du Nemrut)
- Karakuş Tümülüsü — tumulus royal avec sculptures sur colonnes (sur la route du Nemrut)
- Pont de Cendere — pont romain (sur la route du Nemrut)
Conseils :
- Les tombes en paroi rocheuse impliquent d'emprunter des escaliers taillés dans la roche — portez des chaussures solides
- Apportez de l'eau et une protection solaire ; le site offre peu d'ombre
- Visitez le matin, lorsque les falaises orientées au sud sont illuminées par le soleil
- Le trajet au coucher du soleil vers le Nemrut Dağı peut être combiné avec une visite matinale de Perre
- La photographie est excellente sous la lumière dorée de l'après-midi
- Renseignez-vous au musée d'Adıyaman sur les chantiers de fouilles actuels susceptibles d'être ouverts aux visiteurs
Foire aux questions
Que signifie le nom « Perre » ? L'étymologie est incertaine. La forme antique Perrhe pourrait dériver d'une racine anatolienne locale ou sémitique. Le nom du village Pirin (aujourd'hui Örenli) est une déformation turque du nom antique.
Perre est-elle liée au Nemrut Dağı ? Oui — tous deux font partie du royaume de Commagène. Perre était l'une des quatre cités principales du royaume, tandis que le Nemrut Dağı était le sanctuaire cultuel royal et le tumulus du roi Antiochos Ier.
Combien y a-t-il de tombes ? Des centaines de tombes ont été identifiées, possiblement plus d'un millier. Beaucoup restent non fouillées ou partiellement effondrées. La nécropole fut utilisée pendant environ 700 ans.
Est-il sûr d'entrer dans les tombes ? Certaines tombes dégagées sont accessibles, mais la prudence est recommandée — le calcaire est tendre et des chutes de pierres sont possibles. Suivez toutes les consignes de sécurité affichées et n'entrez pas dans les zones fermées.
Quelle période est représentée ? La nécropole s'étend du Ier siècle av. J.-C. (période du royaume de Commagène) au VIIe siècle apr. J.-C. (période paléobyzantine/chrétienne).
Comment Perre se compare-t-elle aux autres sites de Commagène ? Le Nemrut Dağı est plus célèbre et visuellement spectaculaire, mais Perre révèle la vie et la mort quotidiennes des citoyens ordinaires de Commagène — une perspective complémentaire et d'une valeur égale.
Chronologie des fouilles : Registre détaillé
| Année | Activité | Directeur / Institution | Découvertes clés |
|---|---|---|---|
| 1882 | Première description savante de la nécropole | Otto Puchstein (savant allemand) | Documentation architecturale des tombes en paroi rocheuse |
| 1938 | Première prospection systématique des sites de Commagène, dont Perre | Friedrich Karl Dorner et Rudolf Naumann | Intégration de Perre dans le cadre archéologique commagénien plus large |
| 1945 | Première campagne de fouilles | Ismail Kilic Kokten | Observations stratigraphiques initiales |
| 2001 | Reprise des fouilles ; commencement du dégagement de la nécropole | Musée d'Adiyaman (dir. Fehmi Erarslan) | Relief votif de Jupiter Dolichénien découvert dans la nécropole |
| 2001--2009 | Vastes fouilles de la nécropole | Musée d'Adiyaman | Des dizaines de chambres funéraires, catacombes et sarcophages documentés |
| 2021 | Fontaine romaine, conduits d'eau et structures architecturales mis au jour | Équipe dirigée par l'université | Preuves d'infrastructures de la cité des vivants |
| 2021 | Diplôme militaire en bronze découvert (trouvé le 24 mai, dernier jour de la saison) | Équipe de fouilles à Perre | Diplôme militaire romain vieux de 1 898 ans, daté de 123 apr. J.-C. |
| 2022--présent | Poursuite des fouilles à la Fontaine romaine, à l'Escalier de l'Éternité, dans la zone sacrée et dans les chambres funéraires | En cours | Nombreuses structures et artefacts dans quatre zones de fouilles |
Le diplôme militaire romain en bronze (123 apr. J.-C.)
L'une des trouvailles individuelles les plus significatives de Perre est un diplôme militaire en bronze (diploma militare), mis au jour lors de la saison de fouilles 2021. Détails clés :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Date d'émission | 123 apr. J.-C., sous le règne de l'empereur Hadrien |
| Bénéficiaire | Calcilius Antiquus |
| État de service | 20 ans de service militaire accomplis |
| Droits accordés | Droit légal de se marier (conubium) et citoyenneté romaine pour le vétéran et ses descendants |
| Matériau | Deux tablettes de bronze articulées |
| Contexte mondial | Environ 800 diplômes de ce type sont connus dans le monde ; plus de 650 ont été étudiés |
Le diplôme confirme que Perre fonctionnait comme un établissement où des soldats auxiliaires romains libérés du service recevaient des terres ou prenaient leur retraite, suggérant une interface militaro-civile typique des cités proches des frontières dans les provinces orientales.
Le relief de Jupiter Dolichénien
Le relief votif de Jupiter Dolichénien, découvert dans la nécropole en 2001, est l'un des objets cultuels les plus importants récupérés à Perre. Jupiter Dolichénien était une divinité romano-syrienne originaire de la Doliché voisine (l'actuelle Duluk, près de Gaziantep), dont le culte se répandit à travers l'Empire romain par l'intermédiaire des militaires :
- Le relief représente le dieu debout sur un taureau, tenant un foudre et une double hache -- l'iconographie canonique de Dolichénien
- Le relief de Perre confirme la présence du culte dolichénien au cœur de la Commagène, et pas seulement au sanctuaire d'origine de la divinité
- L'objet est désormais exposé au musée d'Adiyaman
Sols en mosaïque : Mesures et datation
La plus grande mosaïque fouillée à Perre (dans le champ au sud-ouest d'Orenli) est aussi la plus grande mosaïque jamais trouvée dans la région d'Adiyaman :
| Caractéristique | Mesure |
|---|---|
| Largeur de la nef | 10 m |
| Largeur du bas-côté | 3 m (chacun, flanquant la nef) |
| Largeur totale estimée | ~16 m |
| Date (d'après les motifs) | Ve siècle apr. J.-C. |
| Technique | Tesselles géométriques polychromes ; quelques panneaux figurés |
Les proportions à plan basilical (large nef avec bas-côtés plus étroits) suggèrent que cette mosaïque appartenait à une église ou basilique paléochrétienne, ce qui correspond à l'importance reconnue de Perre comme évêché à la période byzantine.
Évidence numismatique de Perre
Les monnaies récupérées dans la nécropole et les zones d'habitat couvrent la pleine étendue chronologique du site :
| Période | Types de monnaies | Importance |
|---|---|---|
| Royaume de Commagène (Ier s. av. J.-C.) | Émissions de bronze d'Antiochos Ier et de ses successeurs | Confirment l'intégration de Perre dans le système monétaire commagénien |
| Provinciales romaines (Ier--IIIe s. apr. J.-C.) | Bronze provincial de l'atelier syrien / commagénien | Documentent la poursuite de l'activité économique urbaine après l'annexion |
| Romaine tardive / Byzantine (IVe--VIIe s. apr. J.-C.) | Petit bronze (AE3, AE4) des dynasties constantinienne et postérieures | Attestent la poursuite de l'habitat jusqu'à la période paléobyzantine |
La séquence numismatique corrobore les preuves archéologiques selon lesquelles Perre est restée un établissement actif pendant au moins 700 ans.
Sources et lectures complémentaires
- Friedrich Karl Dorner et Rudolf Naumann, Forschungen in Kommagene (Berlin, 1939)
- Mustafa Hamdi Sayar, « Perrhe: A City in Commagene in the Light of Ancient Sources », CEDRUS (2018)
- M. Blömer et al., éd., Commagene — The Land of Gods between the Taurus and the Euphrates (Istanbul, 2011)
- Lonely Planet, « Ancient Perre » — description du site et informations pour les visiteurs
- Guide officiel du musée d'Adıyaman
- Wikipédia, « Perrhe » — aperçu et bibliographie
- NomadicNiko, « Perrhe: Exploring an Ancient City of the Kingdom of Commagene » (récit de voyage)